Article rédigé par quatre étudiants internationaux Pietro Desideri, Ha My Nguyen, Tanya Kak et Julio Daly

 

Nous formons un groupe de quatre étudiants internationaux à Science Po Paris. Nos expériences sont différentes mais nous partageons un intérêt pour l’innovation sociale et la conviction que la recherche peut encourager le changement social au travers de pratiques alternatives et progressives. Au sein de la fondation Demeter, nous avons poursuivi un travail de recherche sur la jeunesse en prison et prévu d’aborder les nombreux défis qui sont posés. Demeter nous a encouragé à imaginer des opportunités pour la réinsertion économique et pour briser le cercle vicieux de la récidive. Cet article synthétise notre recherche.

 

La réinsertion économique est-elle un remède à une récidive élevée ?

 

La récidive est endémique au sein du système carcéral et cela a un coût.  Un prisonnier coute chaque jour en moyenne 106€ au contribuable, représentant 36 500€ par an. D’autre part, environ 59% des jeunes incarcérés retourneront en prison. Les prisons sont en effet devenues des lieux de passage au cœur d’un cercle vicieux. Une intégration efficace au sein de la société est toutefois possible en faisant des prisons un acteur pivot.

Sortir de prison pour se réintégrer à la société n’est pas chose facile. Les anciens incarcérés font face à de nombreux défis.  Ils doivent être capables de subvenir à leurs besoins de base et il est attendu d’eux qu’ils aient acquis les principes leur permettant de vivre en société et dans le monde du travail. Cependant, le système carcéral tel qu’il est aujourd’hui ne permet pas cela. Environ 80% des jeunes incarcérés ne reçoivent pas à leur sortie les services leur permettant une bonne intégration tels que de la documentation, le transport, de la nourriture, des vêtements. Ils ne reçoivent pas non plus une aide à la reprise d’un emploi et aux frais quotidien qui sont nécessaires pour une intégration réussie.

Schéma réalisé par Pietro Desideri, Ha My Nguyen, Tanya Kak et Julio Daly

Pour les 20% restants, l’offre de services reste souvent incomplète. Les besoins d’un détenu au moment de sa remise en liberté sont complexes, et touchent à différents domaines : économique, social mais aussi psychologique. Une formation en prison peut se révéler clé pour obtenir une opportunité d’emploi, qui dépend également de l’état psychologique du détenu. Cependant, il est difficile pour un détenu d’avoir un profil psychologique sain, sans avoir bénéficié de contacts normaux avec sa famille ou sa communauté, ou en ayant été stigmatisé par la société. Il est donc nécessaire de créer un cercle vertueux, qui dépend en réalité de nombreux cercles vertueux complémentaires, comme indiqué dans le graphe ci-dessous.

 

Schéma réalisé par Pietro Desideri, Ha My Nguyen, Tanya Kak et Julio Daly

 

Il est possible d’atteindre une certaine étendue et profondeur dans les services, à condition que les différents acteurs – l’administration pénitentiaire, les prestataires de services et le public – collaborent tous ensemble. En particulier, les membres du personnel de prison sont les premiers acteurs à travailler avec les détenues, c’est pourquoi leurs attitudes et comportements sont fondamentaux pour garantir une transition plus douce, et c’est pourquoi ils doivent jouer un rôle proactif.

Par ailleurs, pour changer l’opinion que le public se fait d’anciens délinquants, et pour les réintégrer dans la communauté, le mentorat est crucial. Les programmes qui mettent en relation les ex-délinquants avec de nombreux mentors, de manière à ce qu’ils puissent faire appel à eux pour se faire aider et conseiller tout au long de leur réintégration, semblent avoir été très efficaces. Il est aussi important de catégoriser le mentorat comme du conseil psychologique et du développement de compétences. Le conseil psychologique offre aux anciens délinquants un soutien pour faire face aux problèmes et difficultés dans leur vie quotidienne, et il peut être pris en charge par des jeunes et/ou par des volontaires de leur communauté. Le coaching en compétences aide les ex-délinquants à développer leurs compétences et capacités, et à booster leur performance dans leur vie professionnelle.

Dans certains cas, la multitude de besoins devant être pris en charge pour garantir une remise en liberté réussie ne peut pas se limiter à la prison. Le projet pilote visant à réinsérer les migrants illégaux, les SDF, les personnes au comportement délinquant ou délictuel à cause de troubles psychiques qui sera mené par Médecins du Monde, à Marseille, offre un modèle d’une alternative à la prison.

La réintégration souligne la compréhension de la complexité des besoins du détenu ainsi qu’une meilleure gestion de ceux-ci, cela inclut d’envisager des alternatives à la prison. Cela semble coûteux pour les « criminels non méritants » ? Le financement d’un tel service pour les détenus est souvent significativement inférieur au coût de l’incarcération. Typiquement, de tels programmes coûtent entre 35 000 et 50 000 € par an et par détenu alors que la récidive elle coûte jusqu’à 75 000 et
90 000€. En un mot, uniquement dans une perspective économique, garantir des services convenables d’intégration aux jeunes détenus et un support a le mérite d’être considéré.

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