Face au problème de surpopulation carcérale qui touche de nombreux états européens, les prisons ouvertes scandinaves offrent de nouvelles pistes de réflexion sur les outils à développer afin d’améliorer les conditions de vie des personnes détenues et lutter plus efficacement contre la récidive. 

 freedom

Finlande : moins de détenus et moins de barreaux

Il y a quelques dizaines d’années, la Finlande se distinguait par un des taux d’incarcération les plus élevés d’Europe. Dans les années 1960, des chercheurs scandinaves sont mobilisés par le gouvernement afin de mesurer l’efficacité de l’incarcération sur la réduction du taux de criminalité. Le résultat est sans appel : l’effet est nul.

Tapio Lappi-Seppälä,  responsable de l’Institut de criminologie de l’université de Helsinki, explique :

« Ce fut la première fois qu’une recherche aussi cruciale eut lieu et qu’elle montra que l’emprisonnement ne sert à rien. »[1]

Se met alors en place dans les années 60, une politique de « désincarcération » qui suit trois axes :

une réduction du nombre de peines de prison prononcées par les tribunaux et notamment les « courtes peines »

une libération anticipée des prisonniers en procédant à une politique d’évitement de l’incarcération (dépénalisation de certains comportements par exemple) et d’autre part une politique d’extension des sanctions en milieu ouvert

le développement des prisons ouvertes

Les prisons ouvertes existent en Finlande depuis les années 30. Aujourd’hui, sur les 26 établissements pénitentiaires que compte le pays, les prisons ouvertes sont au nombre de 11. Le même système de prisons ouvertes se retrouve en Suède et au Danemark.

Qu’est-ce qu’une prison ouverte ?

« Le terme « établissement ouvert » désigne un établissement pénitentiaire dans lequel les mesures préventives contre l’évasion ne résident pas dans des obstacles matériels tels que les murs, serrures, barreaux ou gardes supplémentaires »

Congrès Pénal et Pénitentiaire International de La Haye, août 1950

Les prisons ouvertes sont ainsi des « prisons sans barreaux », où l’équipe de surveillance est réduite. L’organisation de cet établissement ouvert est essentiellement tournée vers la réinsertion et la responsabilisation des détenus, notamment par le travail. Elles sont souvent la dernière étape d’une peine de prison avant un retour à une vie normale citoyenne.

En Finlande, la sélection à l’entrée des prisons ouvertes se fait selon le risque de récidive que présentent les volontaires.  Les détenus voulant y être admis doivent alors faire la preuve d’une certaine capacité à travailler, à s’engager dans un projet et à ne pas consommer de drogue, alcool ou autres substances proscrites.

Une seule prison ouverte en France

La France ne possède qu’un seul établissement entièrement ouvert, situé en Corse à Casabianda, près de Bastia. Les détenus y réalisent des activités agricoles et d’élevage. La prison ouverte dispose de 190 places. Jusqu’à présent, la sélection des détenus se fait sur le profil et l’infraction commise par les personnes condamnées, contrairement aux exemples évoqués pour l’Europe du Nord. La prison de Casabianda accueille en priorité des auteurs d’infraction à caractère sexuel.

Casabianda, Corse.

Prison ouverte : peu d’évasion, peu de récidive et des vertus économiques

Ce système carcéral, qui stabilise les détenus par le travail, semble avoir fait ses preuves. Les établissements ouverts ne connaissent ainsi que peu de cas de suicide, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, très peu de cas d’évasion. L’offre de travail et le risque de transfert vers un établissement fermé en cas de manquement aux règles de l’établissement constituent des leviers suffisants afin de faire respecter le cadre et l’ordre sur le site.[2]

De plus, certains constats tendraient à montrer que le taux de récidive y est inférieur à la moyenne nationale. En Finlande, le taux de récidive chute d’environ 20% entre les détenus ayant exécuté leur peine dans une prison fermée et ceux l’ayant exécutée dans une prison ouverte.[1]

Instrument de lutte contre la récidive, les prisons ouvertes présentent aussi des vertus économiques. En effet, les besoins en moyens de sécurité habituels (barbelés, barreaux, personnels de sécurité) sont moins importants qu’en établissement fermé. Difficile pour l’instant de trouver des chiffres sur le coût d’une journée de prison à Casabianda mais les exemples étrangers peuvent nous donner un aperçu du gain financier potentiel offert par les prisons ouvertes. En Suisse, par exemple, la détention traditionnelle coûte, par détenu et par jour, 300 francs suisse (211 euros), mais seulement 100 Fr (70 euros) lorsque le condamné est incarcéré dans un établissement ouvert. [3]

La solution miracle ?

Les prisons ouvertes semblent ainsi bénéfiques à la fois  pour les détenus, qui s’engagent dans un processus de réinsertion par le travail et pour la société qui voit le risque de récidive ainsi que le coût de l’incarcération des détenus diminuer.

Ce système « alternatif  » n’est cependant pas totalement autonome par rapport au système traditionnel « fermé  » : les prisons ouvertes, pour l’instant, ne sont pensées et n’existent que parallèlement aux prisons fermées qui jouent alors le rôle d’épée de Damoclès au dessus de la tête des condamnés. De plus, le développement des prisons ouvertes sur le territoire français demande une réflexion préalable sur les critères de sélection des détenus :  par le type d’infraction commise comme à Casabianda ou selon le risque de récidive du condamné comme en Finlande.

 

[1] « Dans les prisons ouvertes finlandaises, les détenus ont les clés » par Public Radio International, traduit par Gwenaëlle Lefeuvre. Publié le 26/04/2015 sur Rue89, initialement publié sur Global Voices Online

[2] « Détention Casabianda, cette « prison ouverte » d’où l’on ne s’évade pas », écrit par Julie Quilici, le 19 juin 2010 dans Corse Matin

[3] « La France souhaite développer les prisons sans barreaux », écrit par Flore Galaud, le 1/04/2010 dans le Figaro.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le ! Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+