carte europe

Le taux de suicide en France est l’un des plus élevé en Europe.

     Le suicide en prison : une triste réalité méconnue. On se suicide sept fois plus en détention qu’à l’extérieur. La France fait notamment partie des mauvais élèves au niveau européen concernant la prévention du suicide en milieu carcéral. En effet, elle est l’un des pays de l’Europe de l’ouest où l’on se suicide le plus en prison. Le taux de suicide en détention a augmenté de manière considérable depuis les années soixante. Aujourd’hui, trop de personnes mettent fin à leur jours dans les établissements pénitentiaires français.

« En prison, on se suicide sept fois plus qu’à l’extérieur »

evolution

Le suicide en milieu carcéral a connu une hausse importante depuis les années 60.

 

Pourquoi se suicide-t-on autant dans les prisons françaises? Même si le taux de suicide en détention est aujourd’hui le plus bas sur les vingt dernières années, il y aurait, en France, un suicide de détenu tous les trois jours[1]. La faute de la surpopulation carcérale? Pas uniquement. En effet, si la surpopulation carcérale a des conséquences néfastes sur les conditions de détention elle n’est pas la seule cause des suicides en détention. Au contraire, la présence d’un codétenu peut empêcher une personne de passer à l’acte. En effet, près de la moitié des personnes qui se sont suicidées en prison étaient seules en cellule[2]. Mais alors, quelles sont les raisons de ces passages à l’acte? Les causes de l’acte suicidaire sont multiples. Le choc de l’incarcération n’est pas sans conséquences, certaines personnes peuvent ne pas le surmonter. De plus, la population carcérale est issue de milieux défavorisés, généralement peu insérée dans la société. Ce manque de repères à l’extérieur peut favoriser un passage à l’acte. Placement au quartier disciplinaire, au quartier d’isolement, refus d’un aménagement de peine, abandon familial : tous ces moments sont particulièrement à risque.


 

     Qui se suicide en prison? Selon une étude de l’INED[3], une grande partie des suicides interviennent dans les premiers temps de la détention. Ils touchent essentiellement les prévenus, les personnes en attente de jugement. De manière générale, plus l’infraction commise est grave et plus la peine encourue est longue plus il y a de risques que la personne passe à l’acte. En effet, les personnes ayant commis des homicides ou des infractions aux mœurs se suicident davantage que les autres. Pourquoi ? Plus que la lourdeur de la peine, c’est probablement parce que le sentiment de culpabilité est fort, surtout si l’infraction a été commise dans le cercle familial. Les personnes qui se suicident le plus en prison sont les hommes, de 37 ans en moyenne. L’essentiel des suicides ont lieu par pendaison. Toutefois certaines personnes passent à l’acte par l’ingestion de médicaments ou par le déclenchement d’un feu en cellule.

 

infractions

Le taux de suicide est plus important pour les personnes ayant commis un meurtre ou un viol.

     Que faire contre le phénomène? Il existe plusieurs moyens pour lutter contre le suicide en prison. Les établissements pénitentiaires sont pour la plupart équipés de cellules de protection d’urgence. Ce sont des cellules spécialisées dites « lisses » limitant au maximum les points d’accroches pour éviter les suicides par pendaison. Ces dernières peuvent être placées sous vidéosurveillance. Le risque étant que la manœuvre soit contreproductive « Cela risque, dans certains cas, d’être extrêmement mal vécu », précise Michel David, président de l’association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP)[4]. De plus, il est possible de remettre aux personnes détenues en crise suicidaire un kit spécial composé d’un pyjama en papier et de couvertures non inflammables et indéchirables. Toutefois, cette tenue peut s’avérer stigmatisante pour les personnes détenues. Aussi, il est prévu de mettre en place progressivement le dispositif de codétenus de soutien. Ce sont des personnes détenues, volontaires, qui sont chargées d’écouter, de détecter, et éventuellement de secourir des détenus en détresse psychologique. Ils sont formés au premier secours et à l’écoute. Le plus important reste toutefois la bonne formation des personnes travaillant dans le milieu carcéral permettant le dialogue, l’écoute, la détection des personnes en crise suicidaire afin d’apporter une solution à leur mal-être et de ne pas simplement empêcher physiquement les personnes de mettre fin à leurs jours.


    

     Le suicide en détention est l’affaire de tous. Chacun peut contribuer à sa manière à lutter contre le suicide en milieu carcéral : aide à la réinsertion, maintien des liens avec l’extérieur… De nombreuses associations telles que l’association nationale des visiteurs de prison, l’association Ilot ou encore l’association ensemble contre la récidive y concourent. Malheureusement, de nos jours, le suicide en milieu carcéral désintéresse une partie de la société libre voire attise les réflexions déplacées. Il est nécessaire de sensibiliser davantage la population à ce fléau car personne n’est à l’abri d’un accident de parcours et d’une incarcération. Dans certains cas, l’emprisonnement n’était pas la meilleure solution, notamment pour les personnes en attente de jugement ou pour les courtes peines, ce qui pousse la réflexion au développement des peines et mesures alternatives à l’incarcération.

 

[1] Franck Johannès, « Un suicide de détenu tous les trois jours » Le Monde 9 décembre 2013.

[2] Jean-Louis Terra 2003, Prévention du suicide des personnes détenues, rapport de mission au ministre de la Justice et au ministre de la Santé, de la famille et des personnes handicapées.

[3] Institut national d’études démographiques « Suicide en prison: la France comparée à ses voisins européens » Population et Sociétés, n°462 décembre 2009.

[4] Marie BOETON, « Comment prévenir le suicide dans les prisons françaises », La croix 5 janvier 2015

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le ! Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+