Militant de longue date pour défendre la cause des personnes détenues en France et à l’international, Bernard Bolze est une personnalité lyonnaise reconnue et écoutée dans l’univers pénal et carcéral. Ses combats d’hier et d’aujourd’hui sont la dignité des conditions de détention et le respect des droits fondamentaux des personnes détenues. Convaincu de l’enjeu de développer les alternatives à l’incarcération, et de la nécessité de penser une peine qui favorise la « reconstruction de l’individu », il a très tôt soutenu l’action et la démarche de Chantiers-Passerelles.

« Je me suis préoccupé de la prison depuis fort longtemps »

« Il y a une sorte de déstructuration de la personne à l’intérieure de la prison »

Les personnes incarcérées sont très rarement entendues et leur situation n’est pas une préoccupation publique majeure. L’un des combats de Bernard Bolze est de donner de la visibilité, de mettre la lumière sur le fonctionnement des prisons, les conditions de détention… Et de soulever la question du nombre de places en prison : bien que cela ait pu être un enjeu électoral à de nombreuses reprises, l’augmentation du nombre de places en prison en France n’est peut-être pas la meilleure réponse à l’enjeu de prévention de la récidive[1].

« Il faudrait faire un autre usage de l’enfermement. On est dans un monde avec trop de prisons »

Nombreux sont les exemples dans l’actualité qui démontrent les fractures sociales qu’engendre la prison et, comme M. Bolze le dit vigoureusement, l’enfermement est loin d’être une solution adaptée pour le plus grand nombre. D’autant que plus de trois quart des peines de prison prononcées sont des peines de moins d’un an[2]. Les effets dévastateurs de la prison, surtout sur une peine courte, sont avérés, et la fracture avec le monde professionnel entretenue.

« Le travail est, à ma connaissance, la seule façon pour une personne de conserver sa dignité »

En prison, comme en milieu ouvert, la peine devrait permettre et encourager le maintien d’un lien avec le monde professionnel. Celui-ci est nécessaire pour préserver l’utilité sociale, restaurer un cadre professionnel et créer des perspectives d’emplois. L’exercice d’une activité professionnelle durant la peine permet de mettre à profit ce temps de la peine pour se former ou se créer de nouvelles expériences.

La formation et le travail en prison ne sont désormais plus des obligations mais constituent des droits. Cependant, moins d’un quart des détenus exercent une activité professionnelle en prison, faute parfois de place au sein des ateliers. Cette activité joue pourtant un rôle clé dans la réinsertion car elle permet aux prisonniers de retrouver un cadre professionnel pour mettre ou remettre en marche des habitudes liées au monde du travail : se lever le matin, travailler en équipe, respecter une consigne, développer une certaine autonomie… Si la vocation première des ateliers n’est pas forcément d’apprendre un métier mais bien de replacer la personne détenue dans un contexte professionnel, la formation doit jouer un rôle central pour lever les freins à l’emploi. En effet, plus de la moitié des personnes détenues ont un niveau de fin d’études primaires et n’ont pas de réelle qualification professionnelle[3].

Le travail et la formation dans le cadre de la peine constituent alors un vecteur d’insertion sociale qui contribue à la prévention de la récidive en jouant un rôle de tremplin, rôle intrinsèque d’une peine utile et réparatrice.

Pour aller plus loin :

Accéder à l’entretien intégral avec Bernard Bolze

Carceropolis

Le droit du travail en prison

Sources :

[1] 61 % de récidive après une peine de prison ferme contre 23 % après un placement sous surveillance électronique – Chiffres du Ministère de la Justice, 2014

[2] Les chiffres-clés de l’Administration Pénitentiaire, Ministère de la Justice, 2014

[3] « La formation et l’enseignement », Ministère de la Justice, 6/01/2015, http://www.justice.gouv.fr/prison-et-reinsertion-10036/la-vie-en-detention-10039/la-formation-et-lenseignement-12000.html

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